Des petits pas feutrés glissaient de pièces en pièces, guettant le moindre bruit susceptible de découvrir
la cachette de Liza. La chambre était vide, le lit impeccable, dénotant le fait incontournable que la petite n’était pas montée se coucher. Elle le faisait souvent, depuis sa plus tendre enfance,
s’échappant dans la nuit, à la recherche d’on ne sait quoi, fascinée par ce rond orange planté dans le ciel qu’elle regardait
monter doucement. Etrange fillette, insondable, en dehors du temps, fuyant toutes les règles et douce, si douce, si fragile, si tendre.
La lune rousse avait fait son apparition hier soir, en était-ce la raison ?
Personne ne la connaissait vraiment, Liza se fondait dans le paysage comme une brise marine au-dessus de
la mer, un rai de lumière au travers d’une fenêtre, un oiseau chantant sur sa branche ou un chat lové sur un mur de pierres, immobile au soleil.
Les aiguilles de l’horloge du salon tournaient, tournaient, et toujours pas de Liza. Les petits pas
feutrés devinrent au fil des heures, des claquements de talons, secs, saccadés, de la fenêtre à la pendule, puis à la porte, l’escalier, la cave, puis de nouveau la fenêtre, scrutant l’horizon d’un
regard anxieux.
Liza semblait avoir disparu.
Au bord de la falaise surplombant les prés dessinés par des haies sauvages et quelques petits bois
touffus, Liza regardait vivre la nature de ses petits yeux perçants, à l’affût d’un craquement de feuilles, d’un frémissement de branches laissant présager de la présence discrète d’un animal en
chasse.
De son regard fixe, elle repérait le moindre mouvement, tel un prédateur prêt à foncer sur sa proie.
Depuis hier au soir, elle était tapie entre ses deux rochers favoris entourés de buissons, à deux pas du ravin dominant la baie, immobile et silencieuse.
Le hululement des chouettes l’avait sortie de son lit
tant leur bavardage d’une colline à l’autre semblait
raconter mille et une histoires merveilleuses.
Au fur et à mesure que la lune rousse montait dans le ciel étoilé,
d’autres cris retentissaient et se faisaient écho d’un arbre à l’autre,
la nuit semblait habitée de mille créatures invisibles quand, soudain,
un silence magnifique régna au-dessus de l’eau,
laissant discerner un léger clapotis
et d’étranges souffles à peine audibles...
Liza quitta alors son abri, descendit le sentier,
s’approcha de l’étendue d’eau miroitant de mille reflets d’or
et n’en crut pas ses yeux : des petits bouquets de gouttelettes jaillissaient de l’eau, pareils à de minuscules geysers, puis retombaient comme une pluie fine
avec un léger souffle, comme une respiration.
La baie semblait habitée de danseurs invisibles lorsqu’une légère ondulation
lui fit tourner la tête.
Elle aperçut faiblement une ombre noire en forme de T,
puis une autre un peu plus au large.
Petit à petit, ses yeux s’accommodèrent de la luminosité
et distinguèrent un couple de baleines nageant près de la berge.
La fillette entra dans l’eau et se mit à nager lentement vers elles …
et plus elle approchait, plus elle voyait leurs corps immenses affleurer la surface, son petit cœur
battait bien trop fort et des larmes de joie coulaient sur son visage…
« N’ayez pas peur, ne partez pas, je m’appelle Liza …
attendez-moi, attendez-moi »
Mais elles ne l’attendirent pas, bien au contraire.
Dans un même élan, elles vinrent toutes au devant d’elle, l’encerclant de leur souffle de pluie et Liza se
retrouva dans une auréole de brouillard que les rayons de lune rousse transformèrent en pépites d’or.
La petite fille se mit à grelotter de peur et de joie, de froid aussi, alors, la plus grosse des baleines,
sans doute leur chef, plongea sous elle, la recueillit sur son dos et toutes ensemble, lui offrirent un voyage autour de la baie avant de la ramener sur la berge.
Liza entendit alors leur chant, comme un "au
revoir"
et les vit repartir vers le large, sans bruit.
Je ne vous raconterai pas le retour à la maison, ni la punition que s'en suivit, car Liza n'oubliera jamais ces
instants magiques et merveilleux et, n'en doutons pas ! ...
... elle retournera certainement rejoindre ses
amies,
le soir, en cachette,
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